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Une Vision pour la Logistique Wallonne

Par Marc Fourny, décembre 2006


La logistique est un secteur qui promet une contribution substantielle à la reconversion et au développement du tissu socio-économique wallon. Elle offre un champ d’application du pouvoir créatif des universités. Elle nourrit les efforts d’innovation des processus et d’amélioration des performances des entreprises. Très consommatrice de main d’œuvre, elle crée de l’emploi à tous les niveaux de compétence. Bref, son potentiel est énorme.

 

Tenter une vision pour la logistique wallonne relève un double défi.

  • Il faut le reconnaître, la logistique est depuis vingt-cinq ans une activité globale. L’élargissement de l’Europe n’est qu’un épisode d’une longue évolution irréversible. L’indépendance de la vision d’une logistique régionale est donc difficilement crédible, et le déterminisme des mesures qu’elle évoquerait un exercice périlleux.
  • Il faut aussi assumer les conséquences d’une vocation première de la logistique, celle d’être transversale par rapport à toutes les autres industries qu’elle sert. Chacune d’elles ayant ses propres impératifs de gestion des flux et des informations, l’organisation d’une logistique polyvalente, au niveau macro-économique, en devient d’autant plus complexe.

La valeur d’une telle vision dépendra donc avant tout du réalisme et de la modestie avec laquelle elle sera construite. Elle gagnera aussi à s’alimenter aux forces et faiblesses de son profil actuel et au bilan honnête de ses performances. Elle se nourrira de la comparaison avec les autres régions. Elle s’inspirera des tendances les plus claires des pratiques logistiques en Europe.

C’est donc une démarche inductive qui nous animera dans cette tentative.


1.   Quelle logistique ?

L’activité logistique se conçoit dans la globalité des processus industriels, analysés et gérés depuis les sources primaires jusqu’aux consommateurs, répondant au concept de « Supply Chain Management ». Elle se positionne comme un élément majeur du processus industriel, qui réclame pour la réalisation de sa mission une combinaison

  • d’innovation dans le processus et dans les technologies,
  • de gestion professionnelle,
  • d’exécution rigoureuse, par de la main d’œuvre compétente, et
  • de moyens techniques, outils et équipements performants.

Nous nous écartons ainsi nettement d’un processus fatal, qui serait vécu plutôt que géré. De plus ce concept fait naître des solutions d’organisation industrielle adaptées à la distribution de produits d’origine lointaine, par exemple sous la forme de production différée ou de distribution finale « B 2 C ».

La Wallonie peut-elle entretenir et développer un secteur d’activités logistiques ainsi définies, qui promette de contribuer à la fois à l’économie globale et à la prospérité de la région ?


2.   Une rente de situation

La Wallonie est idéalement située au cœur de la « banane bleue », une aire géographique qui concentre 60% du pouvoir d’achat européen, accessible à des coûts modérés et servi en moins de 48 heures. En outre, la Wallonie est placée à l’un des principaux carrefours des flux de marchandises entre les marchés et zones de production du Nord et du Sud.

Si cette situation privilégiée est imprenable, elle ne crée de la valeur que si les conditions de sa pleine exploitation sont remplies. Elle ne favorise par ailleurs la compétitivité des acteurs de la région que si la reconnaissance en est assurée à l’intérieur de la région, en Flandres et à l’étranger.

 

a.    Un avantage pérenne ?

Aujourd’hui les deux principales menaces de cette rente de situation sont le dynamisme des régions limitrophes – à l’instar de la région Nord – Pas-de-Calais et de sa plateforme multi-modale en zone franche – d’une part, et l’élargissement de la « banane bleue » vers l’Europe de l’Est, d’autre part.

Le marché de la consommation se développe rapidement dans des pays comme la Pologne, la République Tchèque et la Hongrie. La Slovénie, la Roumanie et les Pays Baltes suivent de près. Le savoir-faire industriel local, amplifié par le différentiel des coûts du travail, facteurs encourageant la délocalisation des entreprises, font dès à présent de l’Europe de l’Est un concurrent sérieux.

Si, à l’instar de l’Espagne et du Portugal depuis 1986, les différences de coût entre l’Ouest et l’Est s’atténuent progressivement, l’alignement des savoir-faire se réalisera sans doute plus vite encore. Les activités logistiques ne subissent que peu l’influence de la culture nationale et régionale, ce sont les caractéristiques physiques qui font la différence. Les pays riverains du Danube l’ont compris depuis longtemps.

Comment sauvegarder entre-temps les bénéfices de la situation privilégiée de la Wallonie ? Le lien évident entre des atouts naturels et l’attrait industriel est l’éventail des infrastructures déployées pour accéder à ces atouts et en tirer profit.

En Europe, seuls les Pays-Bas et la Région Flamande possèdent des réseaux de transport par route, rail et voies navigables plus denses qu’en Wallonie. Encore faut-il qu’aux points de chargement – les sites de production ? – et de déchargement – les lieux de consommation ? –  les infrastructures permettent du stockage et des mouvements de marchandises aisés, sûrs et économiques. D’autant que les produits eux-mêmes sont de plus en plus chers, à cause de leur conditionnement et des impératifs de manipulation et de stockage, par exemple.

Heureusement, la Wallonie dispose d’une main d’œuvre hautement qualifiée, formée par un réseau d’enseignement apte à soutenir toutes les évolutions des nombreux métiers de la logistique. Il s’agit là indéniablement d’une garantie sur l’avenir.

 

b.    Capitaliser sur la position favorable

L’exemple du transport maritime et de ses extensions sur le continent européen est intéressant. La Wallonie se situe à proximité de l’hinterland des ports maritimes principaux de l’Europe de l’Ouest – Anvers, bien sûr, mais aussi Rotterdam, Zeebrugge, Dunkerque. Peut-elle en tirer profit, à plusieurs centaines de kilomètres de distance ?

Le succès de ces ports tient à deux facteurs principaux : leur spécialisation dans des marchandises ou des conditionnements particuliers et l’offre de services à haute valeur ajoutée, complémentaires des activités simples et classiques telles que le transport, la manutention et le stockage.

La Wallonie exploitera ses atouts géographiques en répondant à ces besoins spécifiques et en offrant des services qui ne réclament pas une proximité immédiate des ports eux-mêmes mais qui se situent sur la route d’achalandage et aux noeuds de flux de marchandises.

La même vision peut s’étendre à la logique des autres modes de transport. La Wallonie dispose déjà de gares routières aux carrefours des grands axes, d’entrepôts réfrigérés ou sécurisés à proximité des aéroports, etc. que l’éventail d’activités périphériques permettra de valoriser.

Toute une économie de services à haute valeur ajoutée peut ainsi se mobiliser, génératrice d’emploi direct et de sous-traitance. Mais à quel prix ? Et contre quelles inerties ?

Le secteur en général est caractérisé par :

  • un esprit de « chacun chez soi » réducteur, doublé chez nous d’une importante fragmentation, et
  • des comportements conservateurs, dus certainement à des marges souvent réduites.

 

c.    Le transport par conteneurs en Wallonie

Un des axes majeurs d’évolution est le développement inéluctable du transport en conteneurs  par rapport au « general cargo ». Cette évolution du transport maritime présente plusieurs conséquences en matière de logistique terrestre :

  • le coût d’exploitation de ces navires est tel que la rapidité de chargement et déchargement est un atout majeur qui détermine le choix de leur port d’arrivée. Ceci implique un accès rapide à l’hinterland. Or, la Wallonie, et plus particulièrement son accès par le canal Albert, est une porte d’entrée des produits transitant par le port d’Anvers, dont l’efficacité n’est plus à démontrer.
  • l’organisation du transport par conteneur nécessite l’exécution de tâches logistiques spécialisées :
  • au départ, la qualité des opérations d’emballage, d’empotage et de calage affecte l’optimisation de la charge et la fiabilité du transport.
  • à l’arrivée, le soin et l’efficacité apportés au dépotage, au stockage, à la post-production éventuelle et à la distribution réclame de sérieuses compétences.


3.   Accentuer l’attrait logistique de la Wallonie

Quel que soit le secteur d’activité, l’attrait d’une région naît de la conjonction de conditions favorables à des opérations industrielles, commerciales et logistiques continues, économiques, adaptatives et professionnellement irréprochables. La logistique wallonne n’y échappera pas.

Bâtir sur les atouts existants signifie compléter l’offre d’équipements et d’infrastructures, disponibles en Wallonie. Il s’agit aussi de mettre à l’œuvre l’expérience et les compétences nécessaires à une mise à disposition efficace de ces investissements. Enfin, il faut organiser la démarche marketing, faire connaître les avantages proposés aux entreprises soucieuses d’acheminer leurs produits vers les marchés visés, dans les meilleures conditions.

 

a.    Le point de départ : garder et justifier son rang

L’enquête de 2004 de Cushman & Wakefield Healey & Baker sur les attraits des régions de la « banane bleue » pour l’établissement d’un centre logistique européen avait placé la Wallonie en 7ème position (sur 15), tous critères pris en compte, ce qui est honorable, sans plus. Plus précisément, elle avait placé les sous-régions de Liège et du Hainaut respectivement en 2ème et 4ème positions (sur 38), ce qui est très favorable, par contre.

L’un des principaux critères pesant sur le bon résultat des deux sous-régions était la disponibilité des travailleurs. Quand on connaît l’intensité en main d’œuvre des activités logistiques en général – à l’exception de l’exploitation de certains types d’entrepôts –,  on mesure le poids que ce facteur va pouvoir exercer sur la vision d’une logistique wallonne différenciée et performante. Et les conditions qui devront s’imposer à cette même main d’œuvre pour que ces avantages perdurent.

Les autres avantages spécifiques de Liège et du Hainaut étaient le coût des loyers de terrain et d’espace de stockage et la facilité d’accès à la route, aux voies navigables et au chemin de fer. La densité de ces modes de transport en Wallonie est connue.

Le bon score relatif de la Wallonie selon l’étude de Cushman est donc un point de départ, une référence des atouts à conserver. Il n’est nullement une indication de ce que nous avons assuré une performance suffisante.

Rien n’est acquis définitivement dans le domaine logistique. Les flux se déplacent avec les marchés, les produits changent, et avec eux les exigences de transport, d’entreposage, de manipulation et d’identification. Garder et justifier son rang, c’est assurer une flexibilité aux changements et une anticipation des besoins futurs, à la fois des industriels et des marchés.

 

b.    Corriger ses faiblesses

La même étude souligne par ailleurs les manquements de Liège et (surtout) du Hainaut dans le domaine du know-how. Etaient visées en particulier les compétences techniques et professionnelles et la connaissance des langues étrangères. Ce résultat ne paraît pas s’améliorer à l’horizon 2016.

Dans ce domaine, où de gros efforts ont déjà été accomplis – par le Forem et les hautes écoles, par exemple –, beaucoup reste à faire pour offrir des formations collant davantage aux besoins présents et futurs. Il faudra aussi que les mentalités changent, et que les comportements s’inspirent de ceux – au Nord ? – qui ont répondu aux pressions de la concurrence internationale et de la complexité inhérente à la logistique globale.

Par exemple, le Port d’Anvers a depuis très longtemps suscité un état d’esprit, un engouement, une vocation collective qui ont mobilisé une proportion respectable de la population locale. Une tradition comparable n’existant pas en Wallonie dans le secteur logistique, l’effort n’en est que plus important.

Cependant, une initiative est en cours actuellement à l’initiative du Cluster Transport et Logistique Wallonie – Belgium. Elle réunit l’ensemble des acteurs de la formation wallons avec l’objectif clairement affiché de construire une offre en matière de compétences – à tous les niveaux de responsabilité – correspondant aux besoins tant actuels et futurs.

 

c.    Les centres logistiques européens

Le cabinet Ernst & Young avait effectué une enquête en 2004 également qui mesurait l’attrait de la Belgique au nombre de centres logistiques européens qui s’y étaient installés (500, dont 400 en Région Flamande !). Le plus important cependant était le diagnostic justifiant un tel succès, ou expliquant qu’il ne soit pas plus grand, surtout en Wallonie.

Des avantages d’abord :

  • la qualité de la vie,
  • la stabilité du climat social et,
  • sans surprise, un avantage qui concerne la logistique plus particulièrement, les infrastructures de télécommunication et de transport.

Sans nier leur poids probable dans le choix de la localisation d’un centre logistique européen, peut-être ne sont-ils pas encore suffisants en rapport aux faiblesses. L’étude en révèle deux principales, qui affectent les investissements chez nous de tous les secteurs :

  • la hauteur des salaires et
  • la pression fiscale.

Les différences croissantes de régime fiscal et d’incitants entre les régions Wallonne et Flamande sont-elles susceptibles d’affaiblir la Wallonie en comparaison ? Sans doute, si la Wallonie n’atténue pas ces différences ou ne se dote pas d’avantages distinctifs.

L’étude révèle un autre élément troublant. La perception des avantages et des handicaps est nettement inférieure à l’étranger qu’en Belgique, ce qui ne serait pas étonnant si ce n’était dans une aussi large mesure (dans une proportion de 1 à 8, selon l’étude Ernst & Young).

 

d.    Des investissements pertinents

Le chapitre prospectif de l’étude de Cushman prévoyait que la Wallonie dans son ensemble monterait de la 7ème à la 4ème place en Europe, grâce à deux facteurs de progrès :

  • les infrastructures et
  • les systèmes de transport.

L’hypothèse sous-jacente de cette analyse – une capitalisation déterminée de la Wallonie sur ses atouts logistiques – est optimiste. Est-elle réaliste ? Peut-être la présence de la logistique et des transports dans la courte liste des pôles potentiels de compétitivité wallons est-elle une première réponse. Mais tout reste à faire.

Investir dans des équipements d’accueil et de gestion des flux et des infrastructures opérationnelles de qualité, comme des terminaux multi- et trans-modaux performants, par exemple, peut séduire les entreprises étrangères à la recherche d’un centre de distribution international.

L’optimisation des voies navigables, qui a fait l’objet de gros travaux dans le Hainaut comme l’ascenseur de Strépy-Thieu, après le plan incliné de Ronquières, offre un réseau de transport fluvial intéressant, du Nord au Sud et d’Ouest en Est. Il reste à le rentabiliser, et, à l’instar du canal Pommerœul - Condé, de rendre toutes les voies navigables utilisables.

Par ailleurs, les structures portuaires – l’exemple le plus notable étant le Port autonome de Liège –, permettent un programme de manutentions, de prise en charge et de stockage très complet. Dans ces deux cas, à l’échelle de la Région Wallonne, on peut constater une absence de schéma directeur global « vendable » aux investisseurs éventuels.

Les exemples de zones multimodales bien conçues ne sont pas légion, mais le cas du projet de Bierset est un modèle du genre. La dimension aéroportuaire offre des possibilités d’attrait pour certaines industries, comme :

  • la pharmacie,
  • l’ingéniérie mécanique,
  • les produits de consommation, à haute technologie
  • le secteur aéronautique et spatial, etc.

 

e.    Etendre l’éventail des activités à haute valeur ajoutée

Les centres logistiques européens seront plus que jamais appelés à répondre à la complexification et à la globalisation croissantes de l’activité économique que la logistique supporte. Les dirigeants d’entreprises pressent les prestataires de service et sous-traitants d’assurer des prestations efficaces certes, mais aussi synchronisées et harmonisées par rapport aux activités propres.

S’il est probable que la tendance globale est d’externaliser de plus en plus d’activités qui n’appartiennent pas au cœur du métier de l’entreprise, les dirigeants n’accepteront pas que ce soit au prix d’une perte de contrôle de performances qui peut par ricochet affecter le résultat d’ensemble.

Mais au-delà des activités logistiques classiques et souvent externalisées déjà, comme le transport et l’entreposage, une offre potentielle d’autres services se dessine, en réponse à un besoin réel. Le Vlaams Instituut voor de Logistiek dans un rapport récent en a fait une prospective intéressante. D’après le V.I.L., la demande d’intervention sous-traitée augmentera sensiblement dans trois domaines :

  • les services logistiques à haute valeur ajoutée,
  • les services d’information logistique, et
  • les services généraux.

Les services logistiques à haute valeur ajoutée comptent par exemple :

  • l’assemblage final des produits manufacturés,
  • les mélanges,
  • le reconditionnement des produits unitaires et du vrac,
  • les emballages spéciaux,
  • l’ajout de modes d’emploi,
  • la re-configuration,
  • l’installation sur site,
  • le montage d’accessoires,
  • la réparation,
  • le déballage,
  • le groupage de commandes,
  • l’étiquetage,
  • la mise aux mesures utiles,
  • la remise en état après détérioration due au transport et à la manutention, et
  • le contrôle de qualité.

Toutes ces activités sont évidemment à notre portée.

Les services d’information aussi, qui incluent par exemple :

  • les enquêtes de marché,
  • le télémarketing,
  • les services marketing,
  • la gestion des stocks,
  • les call-centers traitant les réclamations.

Enfin, parmi les services généraux, citons :

  • la formation de la clientèle,
  • la gestion des débiteurs,
  • la facturation des utilisateurs finaux et l’évaluation de la crédibilité des clients.

Ces services sont déjà offerts dans notre région.

Ce sont des activités prometteuses mais exigeantes en compétences professionnelles, parfois pointues. Pour certaines d’entre elles, la Wallonie offre des compétences et une expérience enviables. Encore faut-il privilégier les services aux secteurs industriels familiers en Wallonie. Et regrouper ces services ciblés dans une proposition de valeur claire et suffisamment distinctive.

4.   Se donner des objectifs ambitieux mais réalistes

Une telle démarche peut se résumer comme suit : en 5 ans, faire de la Wallonie une région spécialisée dans l’exploitation de services logistiques de qualité et de haute valeur ajoutée, qui est reconnue et appréciée des entreprises belges et étrangères pour ses infrastructures, ses savoir-faire et son contexte légal, fiscal et économique.

Plus particulièrement, la Wallonie veillera à devenir un territoire d’accueil et d’implantation de centres de distribution complets où elle assurera de manière continue des performances comparables à celles des régions voisines, et même supérieures quand ces services sont destinés aux industries « wallonnes ».

Sur le plan des transports routiers, son objectif – défendable surtout au niveau fédéral cependant – sera de faire en sorte que la Wallonie soit une étape appréciée dans le flux davantage qu’une zone de transit polluant et sans création de valeur.

La place de la Wallonie dans le réseau fluvial sera améliorée, pour augmenter le trafic de péniches, rentabiliser les investissements majeurs qui y ont été faits.

Enfin, la Wallonie assurera le développement de la multimodalité par la création de terminaux de fret et par l’ouverture de larges espaces de stockage de conteneurs.

La Wallonie ciblera le développement de ses compétences et de ses infrastructures dans les secteurs les plus prometteurs. Elle mobilisera ses moyens humains, matériels et contextuels dans un programme cohérent, pour faire connaître et valoriser ses atouts traditionnels, et rentabiliser ses investissements matériels et immatériels.


5.   Des stratégies complémentaires

Des bilans contrastés de la logistique wallonne et des perspectives d’évolution qui lui sont accessibles, il paraît possible de définir une stratégie en 4 axes qui poursuive ses objectifs.

 

a.    La stratégie de prévision, simulation et gestion

La réussite des changements substantiels exige un contrôle total et permanent du processus, et les outils adéquats pour piloter leur mise en œuvre. L’importance des enjeux de la logistique wallonne impose une grande rigueur dans la gestion d’une telle démarche, ne serait-ce que pour déterminer les priorités, les modalités et le financement des mesures envisagées.

Les projets stratégiques ne prennent corps et n’aboutissent que si la démonstration de leur évaluation est persuasive. Une évaluation convaincante du projet wallon sera fondée sur leurs caractéristiques d’opportunité et de contraintes, sur une prévision d’activités et sur une simulation de leurs résultats.

La logistique est une discipline relativement aisée à formaliser et à systématiser. Une modélisation de la logistique wallonne permettrait de représenter les interdépendances et complémentarités des activités et équipements actuels en Wallonie et de mesurer l’impact des changements futurs.

Instrument de simulation, il permettrait de comparer sur le double plan qualitatif et quantitatif des scénarios d’investissements alternatifs.

Enfin, sous forme de tableau de bord permanent, il serait possible d’exercer un contrôle permanent des progrès réalisés et, en cas d’aléa ou de résultat insuffisant, de réorienter le changement.

 

b.    La stratégie d’exploitation et d’émancipation des atouts de la Wallonie

L’attraction de centres de distribution serait facilitée par la construction ou l’entretien d’un réseau dense et harmonisé de structures logistiques, reconnues internationalement comme performantes et qui ne fassent concurrence qu’à celles des régions comme :

  • le Nord – Pas-de-Calais,
  • la Sarre, et bien sûr
  • la Région Flamande.

Une vision plus exhaustive de l’« équipement logistique wallon » veillerait à valoriser les investissements existants et à les compléter judicieusement, dans l’optique d’une compétitivité accrue par rapport aux régions voisines.

Souvent, les bases de ces structures sont établies mais ne sont qu’incomplètement exploitées. Le potentiel d’émancipation des plateformes existantes est encore considérable. D’autres facilités offertes ne seraient attractives que liées au tissu complexe de moyens de transport, de manutention et d’entreposage qui les desservent. La stratégie optimale consisterait donc à compléter et harmoniser l’offre logistique globale de la région. La cohérence de l’offre d’équipements logistiques est sans doute une clé de la compétitivité.

 

c.    La stratégie de compétence et d’innovation

Les investissements logistiques en Wallonie ont visé la création d’avantages objectifs et subjectifs. Certaines faiblesses peuvent cependant détruire l’impact positif des efforts déjà entrepris. Des infrastructures mal gérées ou exploitées sous les seuils de productivité atteints par les meilleurs sont des sources de handicap visible, sanctionné rapidement par le marché.

Il est important de réagir vite, et de parfaire la formation aux techniques récentes exploitées par la logistique, par exemple en relation aux instruments et support d’identification et de traçabilité.

A plus long terme, les compétences nécessaires aux niveaux stratégique, tactique et opérationnel du secteur logistique en Wallonie devront faire l’objet d’un développement programmé. Inspirée d’initiatives hollandaises et flamandes, la stratégie de compétence répondrait aux besoins logistiques futurs des entreprises. Ceux-ci méritent donc d’être clairement et rapidement identifiés.

Les écoles et les universités seraient les piliers naturels du transfert et de la dissémination d’une connaissance qui se maintiendrait à la pointe des technologies. En outre, les universités devraient être encouragées à renforcer leurs recherches par exemple dans les domaines du transport – et de l’énergie –, de l’identification, de la sécurisation et de l’emballage.

 

d.    La stratégie de promotion internationale

Un atout n’est valorisé que s’il est reconnu par le marché-cible. Tous les investissements seront vains si la notoriété n’est pas créée et entretenue. La perception de la qualité du service étant aussi importante que l’évaluation objective qui peut en être faite, les entreprises du secteur devraient être informées de l’offre wallonne. Des institutions, comme l’AWEX et les ambassades, et des instruments, comme le site web et les foires professionnelles, peuvent y aider efficacement et durablement.

Ce marketing est un effort qui s’inscrirait dans le long terme. Une image de région d’excellence logistique se construit patiemment. Elle se nourrit des réalisations successives, des succès de fréquentation et des reconnaissances de la presse et des associations. La réussite se nourrit de la réussite.

La cacophonie ou l’esprit de clocher (ou de sous-région) détruirait l’image qu’on essaierait de créer, chez soi et surtout à l’étranger. Ce n’est que si tous les acteurs économiques wallons s’organisent qu’on pourra entreprendre une démarche promotionnelle cohérente


6.   Conclusion : des perspectives encourageantes

La création d’un pôle de compétitivité « Transport et Logistique » est une opportunité unique et historique d’engager un effort sur tous les fronts nécessaires au placement de la Wallonie à l’avant-plan de la scène logistique européenne.

D’abord parce que des projets jugés intéressants pour le développement de la logistique wallonne seront aidés et financés dans la perspective d’une rentabilisation à moyen, voire long terme. Ensuite parce que tous les acteurs concernés par la réussite du projet de développement du secteur seront impliqués, et pourront faire valoir leurs impératifs, à la mesure des efforts qu’ils consentiront pour le succès commun.

A l’occasion de l’annonce du « Plan Marshall », beaucoup d’entre eux ont déjà exprimé la volonté de contribuer à faire de la Wallonie la Région logistique multimodale par l’attraction d’un plus grand nombre de centres de distribution européens et régionaux, et de centres logistiques européens. C’est une dynamique assez précieuse en Wallonie pour qu’on la valorise comme elle le mérite.


Marc Fourny
21 septembre 2006

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